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27 septembre 2017

Le Raku. Une tradition et une dynastie de potiers.


Bol noir raku pour le thé, type Kuroraku.
Connu sous le nom d’Amadera, atelier
de Chōjirō. Époque Azuchi Momoyama,
XVIe siècle. Musée national de Tokyo

Sô’nyû, 1668-1720. Bol à thé, "Oimatsu" (Vieux pin). Grès à couverte noire (raku). Tokugawa, vers 1700. Vue de profil. Musée d'art asiatique de Berlin

Le « Raku » est le fruit de la rencontre entre un artisan et un lettré,d’une poterie paysanne et d’un rituel raffiné étroitement lié à la philosophie Zen qui met l’accent sur la beauté de la simplicité et du naturel. Dans le Japon du 16ème siècle, Chojiro, fils du potier coréen Ameya, fabrique des bols à riz dans la tradition de sa famille coréenne.
A la même époque, le maître de thé Sen No Rikyu élabore les règles de la cérémonie du thé. Il trouve dans la production de Chojiro un esprit et une simplicité appropriés à l’esprit Zen. Il commande alors à l’artisan un bol qu’il a, dit-on, dessiné lui même.Hideyoshi, dictateur militaire, sensible à l’art de thé honora la mémoire de Chojiro en accordant à son successeur Jokei un sceau d’or porteur de l’idéogramme « Raku » qui signifie « aise, joie, bonheur, sérénité ». Ainsi, la dynastie de potiers « Raku », forte de son titre et de ses commandes officielles, se perpétue encore jusqu’à la 15ème génération qui, de nos jours travaille encore à Kyoto.
Raku Tea Bowl



Raku Kichizaemon XV  Né en 1949 à Kyoto. Descendant à la XIe génération de la famille de potiers Raku (plus précisément, XIVe du nom Kichizaemon après le fondateur Chôjirô). Directeur et président du conseil d’administration du Raku Museum de Kyoto. Titulaire d’un diplôme du département de sculpture de l’Université des arts de Tokyo, obtenu en 1973. A ensuite étudié pendant deux ans à l’Academia delle Belle Arti de Rome. En 1981, il est devenu l’héritier en titre de la famille Raku, sous le nom de Raku Kichizaemon XV. Lauréat de nombreux prix dont la médaille d’or de l’Association de la céramique japonaise (Nihon tôji kyôkai, 1991). Chevalier de l’Ordre des arts et des lettres français (2000). En 2007, il a conçu une salle d’exposition et un pavillon de thé pour le Sagawa Museum à Moriyama, dans la préfecture de Shiga. Auteur de nombreux ouvrages dont Chawan ya (éd. Tankôsha, 2011), Raku : A Legacy of Japanese Tea Ceramics (écrit en collaboration avec son fils Raku Atsundo, éd. Seigensha, 2015) et Raku Kichizaemon (Raku Museum, 1994).

La cérémonie du thé au japon (ou voie du thé), qui embrassait les pensées philosophiques et religieuses derrière un rituel, de 1550 à 1850, était de loin la plus importante influence de la culture japonaise. Les racines culturelles et religieuses proviennent du Bouddhisme Zen. La simplicité et l’austérité du Zen attirait la classe des Samouraïs qui rejetaient le faste de la cour impériale. Dans les temples Bouddhistes de Chine, le fait de boire le thé était considéré par les moines comme une aide à la méditation. Pendant tout le 15ème siècle, le Zen s’étendit très largement à travers tout le Japon et la cérémonie du thé commença à avoir une réelle influence avec la construction de la première maison de thé, par le «Shogun» (dictateur militaire) Yoshimasa.
Le rôle du «maître de thé était de la plus haute importance. Il était attentif à chaque détail esthétique de la maison, du choix de la vaisselle et des accessoires.
Chashitsu "Isui-en" située à NaraChashitsu : la pièce où se déroule la cérémonie du thé
L’atmosphère devait être particulièrement paisible pour les invités choisis.Une image utilisée par les pratiquants de la cérémonie du thé était que « le reste du thé au fond du bol était comme la flaque d’eau restant au creux du rocher après la pluie». On peut ainsi sentir la relation profonde qui existe entre la terre, le bol et le minéral qui le recouvre….

LES OBJETS DE LA CEREMONIE DU THE :
Les ustensiles de la cérémonie du thé doivent conjuguer deux qualités : simplicité et beauté. Pour répondre aux principes établis par Sen no Rikyu, chaque objet choisi doit évoquer chez le participant à la fois contemplation et humilité. L'objet le plus important reste le Chawan, bol de thé en céramique. Sa forme parfois imparfaite rappelle la simplicité, mais sa décoration en fait un objet remarquable. C'est dans ce bol que sera préparé le thé.

Les petits pots contenant le thé en poudre appelés Chaire ( thé fort ) ou Natsume ( thé léger ) sont généralement des objets de collection, très recherchés des collectionneurs. La longue louche ( Hisaku ) servant à transvaser l'eau chaude de la bouilloire ( Chagama ) vers le bol ( Chawan ) est taillée parfaitement dans une longue tige de bambou.

Deux éléments très importants président également dans la cérémonie du thé : la petite spatule ( Chashaku ) qui permet de verser le thé en poudre, et surtout le fouet ( Chasen ) qui permettra de mélanger la poudre de thé et l'eau, pour réaliser ce breuvage si spécifique. On notera parfois la présence d'une réserve d'eau froide sous la forme d'un récipient cylindrique ( Mizusashi ). Enfin élément indispensable pour répondre au besoin de propreté indispensable dans toute cérémonie Japonaise : la pièce de tissu ( Chakin) qui permettra de garder un aspect immaculé à tous les objets.
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Tandis que se développait cette philosophie, les japonais abandonnèrent les bols chinois qu’ils utilisaient depuis de siècles pour la poterie des potiers coréens. Peu à peu, les techniques se modifièrent pour répondre aux exigences et aux idéaux de cette nouvelle forme de cérémonie du thé .Jusqu’à une époque très récente, le « Raku » était utilisé au Japon uniquement pour la fabrication de bols réservés à ce rituel. Ils avaient tellement de valeur que les dictateurs militaires au Japon les décernaient comme distinction honorifique.

La technique du Raku
Le Raku est pratiqué de nos jours de façon plus ou moins traditionnelle. Pas toujours avec la mentalité originelle mais cela reste toujours le contact direct avec le feu et les éléments qui font son attrait.
Sa particularité est le résultat imprévu et la spontanéité.
Les pièces sont retirées en fusion des flammes pour être enfumées dans divers matériaux, herbes, foin, copeaux, divers végétaux, journaux….
C’est une technique répandue par la facilité de la mise en œuvre et par le caractère particulier des craquelures révélées par l’enfumage ou des effets sur les glaçures opaques.

Comment le pratiquer de façon simple 
Fabrication des poteries de type Raku

Les poteries « Raku » sont façonnées à l’aide d’une argile chamottée. Cette terre doit pouvoir résister au choc thermique, c’est pourquoi on lui incorpore de l’argile déjà cuite, broyée, jusqu’à une proportion de 35%. On utilise des terres à grès qui cuisent normalement à haute température (1300°) qui vont rester « souples » lors du défournement grâce à une sous-cuisson. Une terre trop cuite serait fermée et casserait. Des faïences bien chamottées sont également bien résistantes
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Au cours du façonnage et du séchage, les pièces peuvent être polies à l’aide de galets doux, d’un manche lisse de cuillère. On peut les recouvrir d’un engobe, les polir à nouveau, jusqu’à obtention d‘une paroi très lisse et très douce, poser des engobes qui seront émaillés par la suite, ou non, décorer à l’aide d’outils…. et on les laisse sécher.
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Une fois polies les pièces peuvent être biscuitées pour faire du Raku nu.
On peut également laisser la terre nue, la cuire et faire le décor avec l’émail ou l’enfumage lors de la deuxième cuisson..
Les poteries vont cuire une première fois vers 950°/1000° et vont être recouvertes après cuisson entièrement ou partiellement d’une fritte ou d’un émail. Là aussi, tout est possible, chaque type de fritte va donner des résultats différents et peut être travaillée à l’infini.
Une fritte est une glaçure obtenue par la fusion de matériaux insolubles comme par exemple la soude et la potasse avec de la silice et autres composants selon le résultat souhaité; Les matériaux sont portés en fusion, puis la fusion est versée dans de l’eau ce qui va faire une poudre de verre appelée silicate. Les matériaux solubles deviennent alors insolubles et peuvent être utilisés à basse température. Je ne veux pas être trop technique, il existe de bons manuels qui expliquent cela. En stage nous apprenons à bien comprendre le processus
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Une fritte colorée et des bols émaillés prêts à cuire
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Essais de frittes réalisés au cours d’un stage

Décoration sur cru aux engobes
On peut décorer les pièces sur cru à l’aide d’oxydes dilués dans l’eau ou d’engobes.
Pour connaître les couleurs il est indispensable de faire ses propres essais.
Pour toutes les couleurs claires on partira d’une poudre d’argile blanche que l’on prépare soi même pour ne pas avoir de défloculent dedans. La plupart des argiles de coulage en poudre qui sont vendues dans le commerce contiennent du défloculent. Pour les tourneurs il est facile de garder les tournassures. Sinon on fait des plaques très fines que l’on concasse après séchage complet.

Travaux d’élèves. Japonisants, plus modernes , colorés, tessons d’essais…
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La seconde cuisson se passe très rapidement, entre une et deux heures dans un four à gaz, plus pour un four à bois.
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Une fois que le four est chaud, on peut rajouter des pièces et le temps est déterminé par la fonte du revêtement. Lorsque le potier voit que l’émail est cuit, il ouvre le four, attrape les pièces en fusion avec de grandes pinces spéciales après avoir mis des gants et s ‘être protégé. Les poteries peuvent être plongées dans l’eau partiellement ou totalement, rapidement pour créer des réseaux de craquelures spéciaux ou être posées dans les matériaux d’enfumage (copeaux, paille, sciure, herbe, papier…) directement ou après un cours temps d’attente pour créer élargir les craquelures. L’émail se fissure et c’est ce qui permet au carbone de se fixer dans la terre et de laisser un décor apparent. Là aussi, pas de règle bien précise, chaque potier enfume à sa façon, plus ou moins et c’est son expérience et sa sensibilité qui va donner leur caractère aux pièces.

Lorsque l’on travaille à la façon des potiers japonais, on rentre en contact direct avec la fusion, avec l’aléatoire. On ne décide pas beaucoup, on rencontre le feu qui impose sa puissance et de cette intimité naît le silence et le secret.
Pratiquer le «Raku» est comme un voyage dont on ne peut soupçonner les découvertes et les escales imprévues. C’est aussi partir à la recherche de sa propre sensibilité, d’une intimité intérieure à découvrir.

Quelques résultats de pièces d’élèves
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Quelques tessons d’essais
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Une semaine de formation Raku est prévue du 23 au 27 octobre. Acquisition de l’autonomie pour pratiquer.
Possibilité de prise en charge pour les auto entrepreneurs à la chambre des métiers, artistes à la Maison des Artistes, demandeurs d’emploi si ça fait partie d’un projet professionnel, artisans, intermittents etc… Un dossier est nécessaire.

Contact : Sophie Houdebert 0685230152

Programme de la formation sur le site :

http://laterreenfeu.fr/calendrier-prochaines-formations/stage-raku/